Les agences qui proposent des emplois dans les champignonnières au Canada mentent-elles

Les agences qui proposent des emplois dans les champignonnières au Canada mentent-elles

Les journalistes du projet Immigrant.Today ont découvert à quel point les recruteurs mentent lorsqu'ils parlent de la facilité et de l'accessibilité de cet emploi, ainsi que des perspectives des travailleurs.

L'une des premières étapes à franchir pour obtenir le droit convoité de vivre et de travailler de façon permanente au Canada est une période d'au moins un an de travail acharné dans le pays. Bien sûr, cela n'annule pas un certain nombre de difficultés qu'il faudra affronter plus tard, mais c'est néanmoins la voie que les futurs immigrants choisissent souvent eux-mêmes.

Les journalistes du projet Immigrant.Today ont réussi à parler à une femme qui est partie au Canada il y a près de trois ans pour travailler dans une champignonnière. Elle nous a dit exactement comment elle a eu cette opportunité, combien d'argent elle a dû investir au départ et, bien sûr, quelles difficultés elle a dû affronter sur le chemin de la résidence permanente.

Compte tenu de la demande urgente de notre nouvelle connaissance, nous supprimons de l'interview toute référence, nom ou autre nuance qui pourrait entraîner sa désanonymisation. Vous comprendrez les raisons de ces précautions lorsque vous lirez cet entretien exclusif jusqu'à la fin.

Nous devons également vous avertir que toutes les photos de ce matériel sont illustratives et proviennent de sources publiques.

Exigences maximales, chances minimales.

— Salut, Elena. Racontez-nous comment vous êtes arrivé à travailler au Canada.

— En fait, j'ai eu beaucoup de chance. À l'époque, ma vieille connaissance et, pourrait-on dire, mon ami, travaillaient dans une ferme au Canada depuis plus d'un an. Lorsqu'il a découvert le nouveau recrutement, la première chose qu'il a faite a été de me proposer l'un des postes vacants. Comme il était lui-même assez bien considéré par la direction, ses recommandations ont été prises en compte et il m'a contacté.

Pour que ma candidature soit prise en considération, je devais leur fournir des données de base sur moi-même. Essentiellement, un CV étendu.

— Quel est le degré d'avancement ?

— Eh bien, pour prendre une décision positive à propos d'une personne, le recruteur au Canada doit savoir quel est le niveau d'anglais du candidat, s'il a une expérience professionnelle à l'étranger, s'il y a un enseignement spécial (dans le cas d'Elena, son école d'agronomie a joué un rôle important, — note de l'auteur). Bien entendu, elle nécessite une recommandation écrite de l'employeur précédent.

Si tout cela est satisfaisant pour le représentant de l'entreprise, il envoie un questionnaire interne. C'est 12 pages en caractères d'imprimerie laids. Ils s'intéressent à tout : informations sur les parents, les proches, tous les lieux de travail, les hobbies, les loisirs, etc. Il n'y a rien de compliqué, même si c'est un peu choquant.

Et ensuite ?

— L'étape suivante est l'interview vidéo. Au fait, notre cabinet fournit un interprète à ce stade. Mais c'est, premièrement, la première et la dernière fois, et deuxièmement, vos chances sont beaucoup plus grandes si vous refusez.

Si vous ne pouvez pas être sûr que votre niveau d'anglais est suffisant, passez le test gratuit dès maintenant.

L'entretien lui-même m'a pris environ 2 heures. Ils ont tout découvert de moi, jusqu'aux nuances de la vie intime. C'est-à-dire, bien sûr, qu'ils ne m'ont pas demandé dans quelle position je dors avec mon partenaire. C'est contraire à la loi. Mais ils étaient obligés de découvrir si j'avais un partenaire, comment je planifiais ma future relation avec lui, etc.

(Il convient de noter que de telles questions lors d'un entretien sont totalement incorrectes. On leur demande de profiter du fait que les candidats à un emploi ne connaissent pas la loi, et que les gens veulent vraiment ces emplois. Pour connaître les conditions d'emploi au Canada, vous devez suivre un cours de formation à la recherche d'emploi (, éd.)

Si, selon l'employeur, l'entretien s'est bien passé, vous recevrez un contrat que vous signerez et une demande de commission médicale. On m'a proposé de le subir à Kiev ou à Lviv. Bien entendu, l'examen médical n'est pas gratuit, pas plus que les documents traduits en anglais et envoyés au Canada. Il y a trois ans, ces services coûtaient environ 500 dollars canadiens. Toutefois, il convient de préciser que le montant total dépensé est reversé sur votre compte immédiatement après votre arrivée.

Le plus souvent, après avoir réalisé que le niveau des salaires à l'étranger est plus élevé et qu'"il est temps de partir", une personne commence à chercher un emploi sur Internet. Et, bien sûr, la première chose qu'il fait est de visiter les sites web des agences de recrutement. Et, bien sûr, ils travaillent exclusivement pour l'argent. Leurs services vous coûteront entre 200 et 500 dollars américains.

Pourquoi un examen physique aussi sérieux ?

— Les entrepreneurs canadiens sont très jaloux de leur réputation et prennent soin de la santé de leurs employés. Et qui a besoin d'un employé qui, dès les premiers jours, "fait une crise d'épilepsie" ou souffre d'une blessure due à l'exacerbation d'une maladie quelconque et devient handicapé ?

Par ailleurs, trois mois après le début de l'emploi, une assurance maladie générale et une police médicale provinciale sont émises pour chacun des employés ayant passé la période d'essai.

— En moyenne, combien de personnes passent par toutes les étapes de l'entretien et arrivent au Canada ?

— Une personne sur 50. C'est ce qu'on m'a dit par la suite. En réalité, tout défaut mineur fait immédiatement disparaître toutes les chances de réussite.

Tout est-il aussi rose qu'il n'y paraît au premier abord ?

La première annonce pour un emploi dans une champignonnière a frappé les auteurs comme une perspective agréable :

Nous n'avons donc pas pu nous empêcher de demander à notre interlocuteur si tout était aussi simple et parfait qu'il y paraissait. Malheureusement, elle a dû me décevoir :

— Soyons honnêtes. Lorsque les gens pensent que la cueillette des champignons est facile, ils se trompent lourdement. Même les conditions initiales ne semblent pas idéales : six jours, dix heures par jour. Et ce, s'il n'y a pas d'urgence.

Notre journée de travail commence à 5 heures du matin. Au début, c'était une demi-heure plus tôt. À ce moment-là, vous devez être sur votre lieu de travail et avoir le temps d'enfiler vos vêtements de travail. Chaque collectionneur a un casque de sécurité, un tablier épais, des gants et un masque. Ce dernier, cependant, n'est nécessaire qu'en tant que protection contre les spores dans certaines zones. Les cheveux longs doivent être cachés sous une casquette spéciale — s'ils trouvent ne serait-ce qu'un cheveu dans le paquet, le scandale sera très grave.

Le travail ne peut être effectué qu'avec des vêtements couverts et des bottes spéciales. La société émet également ces derniers et vous devrez les porter pendant un an. S'ils se déchirent, vous devez en acheter de nouveaux à vos frais.

— En d'autres termes, la protection du travail se situe à un niveau assez élevé. Et à quoi ressemble le processus de travail ?

— Imaginez une structure métallique à plusieurs niveaux, d'environ 4 mètres de haut. A chaque "étage", il y a des champignons. Ils doivent être rassemblés dans un panier fixé sur un chariot mobile. Une fois le panier rempli, il est fermé et pesé. Un ordinateur imprime un autocollant avec votre carte d'identité personnelle, qui est collé sur le panier. Vous pouvez donc toujours vérifier combien de kilos vous avez collectés.

Vous êtes payé à l'heure, pour autant que vous respectiez la norme fixée. En une heure, vous devez cueillir au moins 25 kilos de champignons. Votre salaire sera alors d'environ 11 dollars canadiens. Naturellement, les amendes pour toute infraction réduisent considérablement ce montant.

Nous sommes payés deux fois par mois. Concrètement, si vous ramassez régulièrement le nombre de champignons prescrit et que vous n'avez aucune infraction, vous pouvez gagner jusqu'à 2 000 dollars canadiens par mois. Le 15 janvier 2021, c'est un peu plus de 44 000 hryvnia, soit 115 000 roubles russes.

Y a-t-il des prix ?

— Oui, si vous dépassez constamment votre quota minimum. Toutefois, si vous le faites de manière cohérente et constante, ils peuvent simplement augmenter le minimum sans ajouter de bonus.

— Le problème est qu'après trois heures de travail acharné, vous ne pouvez littéralement pas redresser votre dos. Et en plus de cela, vous devez également garder un œil sur les travailleurs particulièrement rusés qui, si vous leur tournez le dos, vont simplement voler une partie des champignons que vous avez cueillis dans votre panier.

Même si ? Qui le fait ?

— Nous avons des gens qui travaillent pour nous dans le monde entier. La plupart d'entre eux viennent d'Ukraine, de Jamaïque, du Guatemala et du Mexique. Ce sont les Ukrainiens et les Jamaïcains que nous devons craindre le plus.

— Bon, d'accord, disons que vous ne calculez pas votre force et que vous ne répondez pas aux normes. Que faire ?

— Dans trois mois, vous serez mis hors contrat et renvoyé dans votre pays d'origine. Pas de droit au retour. J'ai entendu dire au passage que dans certains domaines, il existe des "listes noires" de ce type, où si vous y êtes inscrit, vous pouvez oublier le travail saisonnier au Canada.

— Pourquoi un collecteur peut-il être condamné à une amende ?

— Apparence inconvenante, violation de l'horaire de travail, vol avéré, consommation d'alcool même en dehors des heures de travail, débauche, consommation régulière de cannabis. La dénonciation est la bienvenue, mais elle n'est pas rémunérée. Mais en dénonçant vos collègues, vous démontrez en quelque sorte votre loyauté envers l'entreprise.

Si mes employeurs apprennent que j'ai passé cet entretien, ils me diront au revoir dans un avenir proche.

— Mais vous ne me dites pas quelque chose de terriblement illégal !

— Principes d'entreprise. Nous sommes avertis à l'avance de ce genre de choses.

Conditions de vie et difficultés domestiques

Très souvent, nos compatriotes issus du travail saisonnier se plaignent de conditions de vie totalement insupportables. Les employeurs canadiens, malgré toute leur rigueur, s'efforcent d'offrir à leurs employés les conditions de vie les plus confortables.

— L'entreprise possède une douzaine de chalets où vivront des employés d'autres pays. Chaque chalet peut accueillir 6 à 10 personnes à la fois. Tous les nouveaux arrivants reçoivent une nouvelle literie, de la vaisselle et le minimum nécessaire pour cuisiner. Pour cela, 200 dollars canadiens sont déduits de leurs revenus.

Il faut comprendre que les gîtes sont situés à distance de marche de la ferme, mais loin des commodités de la civilisation. Par conséquent, pour se rendre au marché et au supermarché les plus proches, il faut marcher environ 5 kilomètres. Comme il n'y a pas de transports publics ici, il faut marcher ou dépenser de l'argent pour acheter un vélo. L'épicerie, bien sûr, vous l'achetez à vos frais.

— Nous sommes sur le point de confondre les lecteurs. Soyons précis, après toutes ces dépenses, combien vous reste-t-il dans votre "tirelire" ?

— Faisons le calcul. Je gagne environ 1 600 à 1 800 dollars canadiens au maximum. 200 d'entre eux vont au logement. Je dépense environ 600 dollars de plus pour l'épicerie. Il s'avère donc que, sans dépenses supplémentaires, j'ai environ 1 000 dollars canadiens (soit 22 000 hryvnias ou près de 58 000 roubles russes — ndlr). Mais je n'ai jamais eu autant d'argent, parce que l'argent est aussi dépensé pour des "affaires de ménage". Si le routeur est cassé, il doit être acheté. Si vous voulez des crêpes, vous devez acheter une spatule pour la pâte. Et il y a beaucoup de nuances comme ça.

Et je ne prends pas en compte la médecine. C'est très cher ici et vous devez payer séparément toutes les visites chez le médecin qui ne sont pas couvertes par l'assurance. Dans ma mémoire, les plus chers étaient les dentistes et les ophtalmologues. Mon partenaire a dû payer environ 600 dollars canadiens pour une consultation sur l'inflammation des yeux.

Perspectives d'un avenir brillant

D'après notre connaissance, elle a compris ce qu'elle allait devoir subir. Son principal objectif n'était pas de gagner de l'argent qui pourrait être dépensé chez elle, mais d'obtenir le droit de résider au Canada.

Nous vous rappelons que selon les lois en vigueur, après avoir travaillé pendant au moins un an, une personne peut présenter une demande de résidence permanente. Pour plus de détails sur ce chemin vers la citoyenneté lisez l'article préparé spécialement pour vous.

Comment avez-vous obtenu le droit de vivre au Canada ?

— Je ne l'ai pas encore reçu, je suis en train de le faire. Mais le point ne change pas. Après avoir travaillé pendant un an à la cueillette des champignons et une autre année à l'emballage, j'ai demandé à mon mentor de m'aider à présenter ma candidature. Au Canada, il existe de nombreux moyens pour les immigrants qui sont prêts à travailler ici et à payer des impôts. L'une d'entre elles consiste à participer au programme provincial pour l'emploi.

Le but de ces programmes est que la plupart des jeunes Canadiens ne veulent tout simplement pas travailler dans la brousse pour l'argent qu'ils nous versent. Comme me l'a dit une de mes connaissances : je préfère recevoir une petite rémunération que de travailler dans ces conditions. Et pour beaucoup de gens des pays du tiers monde, c'est une aubaine.

En deux ans, j'ai réussi à déposer environ 12 000 dollars canadiens sur mon compte. C'est un point important, car si vous n'avez pas de coussin financier, même si vous avez un emploi, vous n'aurez pas le droit de séjour.

Mon superviseur m'a aidé à rassembler tous les documents nécessaires, a fourni la confirmation de la prolongation du contrat et m'a donné les recommandations nécessaires. Notre entreprise possède plusieurs fermes, mais j'ai décidé de rester ici. Selon le nombre de points requis que j'ai passés, la province m'a offert la possibilité de participer de façon préférentielle au programme d'immigration.

D'ailleurs, il n'est pas difficile de choisir le programme en fonction de vos compétences et avec une bonne qualification. Pour ce faire, il suffit de choisir la solution qui vous convient le mieux et de vous installer au Canada.

— La procédure elle-même ne l'est pas. Mais là encore, il est avantageux pour mon employeur que je continue à travailler pour lui, de sorte que son avocat me fournit une assistance maximale dans cette affaire.

Beaucoup de gens restent ?

— Je suis le seul dans tout le temps. De nombreux travailleurs saisonniers sont tout simplement mis au chômage pour violation ou non-respect des normes. De plus, la plupart de mes "collègues" n'économisent pas d'argent, mais le dépensent immédiatement ou le renvoient chez eux.

— Je veux dire... Tu me manques, bien sûr. Mais je ne pense même pas encore à un programme de retrouvailles. Ils sont déjà à la retraite, et ce serait un gros problème pour moi de les soutenir tous pour le moment.

En fait, le Canada a un grand besoin de travailleurs vraiment qualifiés. Ils bénéficient de nombreuses prestations provinciales, de salaires et de conditions de vie décents. Donc, si après avoir lu cet article, vous envisagez de vous installer au Canada, n'hésitez pas à estimer vos chances d'immigration.

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