Pourquoi l'essence au Canada devient plus chère, même si le pays extrait lui-même du pétrole
Les prix du carburant ont fortement augmenté et affectent le budget de chaque famille canadienne – voyons pourquoi cela se produit.
Le Canada est l'un des plus grands exportateurs de pétrole au monde. Son propre pétrole, ses propres gisements, ses propres pipelines. Et pourtant, le litre d'essence à la pompe coûte déjà 1,86 $ CAD. Fin février, c'était environ 1,30 $ CAD, mi-mars — déjà 1,55 $ CAD. Pratiquement toutes les économies que les Canadiens avaient réalisées après la suppression de la taxe fédérale sur le carbone se sont envolées. Comment est-ce possible ? Voyons cela de plus près — parce que ça touche directement le portefeuille de chaque famille qui vit au Canada ou qui envisage d'y déménager.
C'est le marché mondial qui dicte le prix — pas la production locale
Le principal paradoxe que beaucoup ne comprennent pas : l'essence est une marchandise qui se négocie sur le marché mondial. Pas sur le marché canadien, mais bien sur le marché mondial. Les compagnies canadiennes de raffinage — qu'elles raffinent leur propre pétrole ou du pétrole importé — ne fixent pas le prix, elles le subissent. Le coût de la matière première est déterminé par les références mondiales.
Le pétrole Brent, qui s'échangeait tranquillement autour de 60 $ le baril pendant la majeure partie de 2025, a brusquement franchi la barre des 100 $ en mars 2026. Selon l'Agence internationale de l'énergie, plus de 3 millions de barils par jour de capacités de raffinage du Moyen-Orient ont été arrêtés. La raison principale : la menace de perturbation de la navigation dans le détroit d'Ormuz. Par cette voie maritime de 55 kilomètres passent environ 20 % des livraisons mondiales de pétrole. Les analystes avertissaient depuis des années que la fermeture du détroit d'Ormuz serait un scénario catastrophique. Et voilà qu'il s'est matérialisé.
Le 11 mars 2026, les pays membres de l'Agence internationale de l'énergie ont pris une décision sans précédent : libérer 400 millions de barils de leurs réserves stratégiques. La plus grande action coordonnée de l'histoire de l'agence. Le département américain de l'Énergie a autorisé la libération de 172 millions de barils de la Réserve stratégique de pétrole, à partir du 16 mars. Mais même cela n'a pas arrêté la hausse des prix — voilà l'ampleur du problème.
Les quatre composantes du prix à la pompe
Selon les données du ministère des Ressources naturelles du Canada, le prix de détail de l'essence se compose de quatre éléments.
Le premier — le coût d'extraction du pétrole brut. L'exploration, l'extraction du sous-sol — tout cela coûte de l'argent. Le deuxième — la marge de raffinage : il faut transformer le pétrole brut en essence prête à l'emploi, et ce n'est pas gratuit non plus. Le troisième — la marge de détail : l'entretien de la station-service, le personnel, l'équipement. Et le quatrième — les taxes : provinciales, fédérales, et dans certains cas des prélèvements municipaux.
Ce sont justement les taxes — le deuxième élément en importance dans le prix final après le coût du pétrole lui-même. Contrairement aux autres facteurs, les taxes sont une constante. Mais la situation varie énormément d'une province à l'autre. Toutes les ventes d'essence sont soumises à la taxe fédérale sur les produits et services et à la taxe d'accise, mais les taux provinciaux dans les différentes régions — c'est le jour et la nuit.
Pourquoi avoir « son » pétrole ne rend pas l'essence moins chère
La principale référence pétrolière canadienne — le Western Canadian Select (WCS) — est un mélange de pétrole lourd avec du bitume et des diluants. Il est beaucoup plus lourd que les grades légers et nécessite un volume de raffinage bien plus important pour produire de l'essence et du diesel. De 2008 à 2018, le WCS se vendait avec une décote moyenne de 17 $ par rapport au WTI de référence. Et à l'automne 2018, l'écart atteignait un record de 50 $ le baril. Autrement dit, le pétrole canadien est moins cher sur le marché mondial, mais il coûte plus cher à raffiner.
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Le WCS est produit en Alberta — une province qui n'a pas d'accès à la mer. Il faut transporter le pétrole sur d'immenses distances — par pipelines ou par chemin de fer — jusqu'aux raffineries. L'absence d'accès direct aux marchés côtiers signifie que les frais de transport réduisent le prix net reçu par les producteurs, ce qui explique la décote.
Par ailleurs, la plupart des raffineries nord-américaines fonctionnent déjà à leur capacité maximale ou proche du maximum. Construire une nouvelle raffinerie — c'est plus de 2 000 000 000 $ CAD. La rentabilité du secteur a été relativement faible ces deux dernières décennies, et les normes environnementales limitent sérieusement les endroits où on peut construire. Voilà pourquoi il n'y a pas de nouvelles capacités.
Le problème s'explique aussi en grande partie par le manque de capacités de transport. Malgré l'augmentation de la production pétrolière ces dernières années, le Canada n'a pas réussi à construire un seul pipeline majeur, ce qui a entraîné un dépassement important de la production par rapport aux capacités de transport.
La différence régionale — de 129 à 179 cents le litre
Maintenant, parlons de ce qui concerne directement le choix du lieu de vie. À Edmonton, le litre d'essence coûte entre 128,9 et 135,8 cents. À Vancouver, les automobilistes paient environ 178,9 cents. La différence — presque 50 cents le litre. Sur un plein, ça se sent, et sur une année — c'est une somme importante.
Les raisons sont multiples : des taxes différentes entre les provinces, les frais de transport à travers les Rocheuses, le volume de ventes dans les stations spécifiques et le niveau de concurrence. Là où il y a beaucoup de stations-service, les prix sont plus bas. Dans les localités éloignées, les stations vendent moins de carburant et sont obligées d'augmenter les prix pour couvrir leurs frais fixes.
Détail important : dans 83 % des stations-service, les décisions sur les prix sont prises par des propriétaires indépendants. Seulement 17 % des points de vente ont leurs prix contrôlés par de grandes compagnies de raffinage. Le marché est complètement décentralisé.
Et inutile d'espérer que l'État gèle les prix. Le Canada ne régule pas les prix du pétrole et du carburant au niveau fédéral — c'est une approche de marché. Certaines provinces ont tenté de réguler les prix de l'essence, mais le résultat a été modeste : les prix n'ont pas baissé — ils sont juste devenus un peu plus stables.
Un coup dur pour le budget familial — près de 1 000 $ CAD par an
En deux semaines depuis le début de la crise, les prix moyens ont augmenté d'environ 35 cents le litre dans tout le pays. Sur une année — ça représente environ 500 $ CAD de dépenses supplémentaires pour un ménage moyen. Rien que pour l'essence.
Mais l'effet en cascade — c'est encore plus sérieux. L'agriculture est l'un des secteurs les plus énergivores. Le transport, la production — tout dépend du carburant. Selon les économistes, une hausse soutenue de 50 % du prix du pétrole augmentera les dépenses en produits alimentaires d'environ 1 %, ajoutant environ 75 $ CAD par an pour un ménage type. Les produits en magasin vont augmenter, la livraison va augmenter, tout va augmenter. Au total, le coup porté au budget familial peut atteindre près de 1 000 $ CAD par an.
Les économistes avertissent que la hausse brutale des prix de l'essence pourrait réduire à néant les progrès récents dans la baisse de l'inflation au Canada. En février encore, le taux d'inflation annuel avait ralenti à 1,8 % — en dessous de l'objectif de 2 % de la Banque du Canada. Le gouverneur de la Banque du Canada, Robert MacLem, a déclaré qu'avec l'inflation proche de l'objectif, le risque de propagation rapide des prix plus élevés de l'énergie à d'autres biens et services semble contenu, mais plus le conflit dure et plus il s'étend, plus les risques augmentent.
Les analystes notent également que les détaillants de carburant en Amérique du Nord vont probablement répercuter la hausse des prix de l'essence sur les consommateurs, et voient un risque de pression à la hausse continue sur les prix.
Cependant, il y a aussi une bonne nouvelle. L'essence représente toujours environ 3 % des dépenses d'un ménage — c'est le milieu de la fourchette de 2,5 à 4 % observée depuis le milieu des années 1950. Le Canada est aujourd'hui objectivement mieux préparé aux chocs énergétiques qu'avant : la quantité d'énergie nécessaire pour produire chaque dollar de PIB a diminué d'environ moitié par rapport aux années 1970. L'économie est devenue beaucoup moins énergivore. Mais le portefeuille le sent quand même.
Qu'est-ce que cela signifie pour ceux qui envisagent de s'installer
Le choix d'une province pour vivre au Canada ne se limite pas au programme d'immigration et au marché du travail. Il faut aussi considérer le coût de la vie quotidienne, y compris le carburant. L'Alberta reste traditionnellement l'une des provinces les plus abordables en matière de prix de l'essence, tandis que la Colombie-Britannique est la plus chère. Une différence de 50 cents par litre représente une somme réelle qu'il faut prévoir dans son budget.
Pour donner une idée : en mai 2022, le prix moyen du litre d'essence au Canada a atteint ou dépassé 2 $ CAD le litre. En Alberta, province productrice de pétrole, l'essence la moins chère coûtait alors environ 1,62 $ CAD, alors qu'en Colombie-Britannique le prix était déjà de 2,18 $ CAD. Historiquement, le prix moyen entre 2016 et 2026 était de 1,51 $ CAD le litre, avec un minimum de 0,91 $ CAD en mars 2020 et un maximum de 2,30 $ CAD en juin 2022.
Il faut également noter que dans un contexte de hausse du coût de la vie, les prix de l'essence restent un problème pour de nombreux Canadiens, même après la suppression de la taxe fédérale sur le carbone à la consommation. La Fédération canadienne des contribuables souligne que les automobilistes continuent de payer plus cher à la pompe en raison d'une autre politique climatique fédérale mise en place en 2023.