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L'argent a atteint un sommet historique, mais le Canada ne le considère pas comme une priorité

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Le métal se négocie à 92 dollars l'once dans un contexte de pénurie croissante, mais il ne figure pas sur la liste des minéraux critiques du pays.

Mercredi, l'argent a atteint un niveau record en montant jusqu'à 92 dollars américains l'once. Les professionnels du secteur qualifient ce métal de « métal de la prochaine génération », ce qui reflète son importance croissante dans l'économie moderne.

La hausse rapide des prix s'explique par l'augmentation de la demande des secteurs de l'électrification, des énergies renouvelables et des centres de données. Le marché fait face à une pénurie constante de l'offre de ce métal.

Le Canada ne reconnaît pas l'argent comme ressource stratégique

Bien que le Canada dispose de l'une des plus importantes réserves d'argent au monde, l'extraction de ce métal ne figure pas parmi les priorités du pays. L'argent est absent de la stratégie canadienne des minéraux critiques.

Michael DiRienzo, qui dirige le Silver Institute — une organisation internationale à but non lucratif représentant les intérêts du secteur — considère cette approche comme peu visionnaire.

Le ministère des Ressources naturelles justifie sa position par le fait que l'argent ne correspond pas à la définition canadienne d'un minéral critique. Selon le ministère, il existe une offre mondiale stable de ce métal et sa chaîne d'approvisionnement n'est pas menacée. La liste du ministère comprend 34 minéraux critiques considérés comme essentiels pour les technologies modernes et l'économie verte.

DiRienzo conteste cette évaluation en soulignant un déficit prévu de 95 millions d'onces pour l'année en cours. Selon lui, la quantité d'argent arrivant sur le marché ne couvre pas la demande actuelle.

Le problème est aggravé par le fait que l'argent est principalement produit comme sous-produit de l'extraction d'autres métaux — or, cuivre et nickel. Son exclusion de la liste des minéraux critiques signifie l'absence d'attention stratégique et de priorité dans la politique gouvernementale dont bénéficient d'autres métaux liés à l'électrification.

L'expérience américaine d'inclusion de l'argent dans la liste stratégique

En novembre dernier, les États-Unis ont ajouté l'argent à leur liste de minéraux critiques après avoir révisé leur méthodologie d'évaluation. Ce changement reflète le rôle industriel croissant du métal. DiRienzo appelle le Canada à suivre l'exemple américain.

Cette décision a officiellement reconnu la transformation de l'argent, passant de métal précieux à matière première industrielle stratégique, a souligné le directeur du Silver Institute.

Selon le rapport de l'institut « L'argent : le métal de la prochaine génération », les capacités mondiales des technologies de l'information ont augmenté de plus de 5000 pour cent au cours des 25 dernières années. DiRienzo souligne que l'argent est présent dans tous les appareils dotés d'un interrupteur.

Appels de l'industrie canadienne au changement de politique

Les dirigeants d'entreprises minières canadiennes plaident activement pour l'inclusion de l'argent dans la liste des minéraux critiques. L'année dernière, la société First Majestic Silver, conjointement avec une vingtaine de dirigeants et représentants du secteur minier, ont adressé une lettre ouverte au ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles.

Le document soulignait que bien que le Canada se soit classé au 13e rang de la production mondiale d'argent en 2022 et reste le deuxième plus grand fournisseur des États-Unis, la production nationale a diminué au cours des dix dernières années. Les causes sont la détérioration de la qualité du minerai et l'épuisement des gisements.

La lettre mettait l'accent sur le rôle clé de l'argent dans les technologies à faible émission de carbone et ses propriétés uniques en tant que conducteur électrique et thermique. Les auteurs affirment que l'argent répond aux trois critères établis par le ministère des Ressources naturelles du Canada pour reconnaître un minéral comme critique.

Le document conteste également les hypothèses sur les réserves terrestres, en soulignant un déficit enregistré en 2022 de 237,7 millions d'onces — l'un des plus importants de l'histoire.

La liste des minéraux critiques du Canada a été mise à jour pour la dernière fois en 2024. La révision est effectuée tous les trois ans.

Critique de l'approche de classification des minéraux

Jack M. Mintz, analyste en politique publique à l'Institut C.D. Howe, estime que l'attribution du statut de « critiques » aux minéraux ne résout pas les problèmes fondamentaux du secteur minier canadien.

Selon Mintz, toute l'attention portée aux minéraux critiques est une erreur. Il note que les gisements contiennent généralement plusieurs minéraux simultanément, ce qui complique l'application d'approches politiques distinctes et claires pour chacun d'entre eux.

L'analyste s'inquiète du fait que les gouvernements choisissent des gagnants et des perdants, créant ainsi des risques politiques supplémentaires.

Intérêt croissant des investisseurs

L'attrait de l'argent pour les investisseurs continue de croître. Selon les données de Brook Thackray, analyste en recherche chez Global X, l'argent devient le principal métal suivi par les investisseurs en 2026.

Thackray souligne la double nature de l'argent : c'est non seulement un minéral critique nécessaire à la production de véhicules électriques et de panneaux solaires, mais aussi un instrument d'investissement.

Comme la production d'argent dépend largement de l'extraction d'autres métaux, l'offre ne peut pas réagir rapidement à la hausse des prix, même en cas d'augmentation de la demande. Cela crée des opportunités de diversification du portefeuille d'investissement, a noté l'analyste.

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