Les Canadiens ont-ils confiance en leur police ?

Les Canadiens ont-ils confiance en leur police ?

Les enquêtes montrent que certains résidents continuent d'être victimes de discrimination.

À la lumière des récents événements, avec des personnes tuées dans des fusillades en centre-ville et des banques dévalisées sous la menace d'une arme, les Canadiens se demandent si la police fait bien son travail ?

Le Canada est un pays calme et sûr où le travail de chacun est apprécié. Les policiers sont respectés et écoutés.

Cependant, le 16 février 2022, Statistique Canada a publié un rapport choquant montrant qu'une personne noire sur cinq au Canada ne fait pas confiance à la police.

Et si plus de la moitié de la population dans son ensemble fait confiance à la police, les proportions varient considérablement entre les groupes ethnoculturels. Selon l'enquête 2020 sur l'identité sociale, sept sur dix (70%) des minorités invisibles non indigènes âgées de 15 ans et plus avaient confiance dans la police, contre environ la moitié des Noirs (54%). Et au début de 2022, les chiffres avaient considérablement diminué.

Jetons un coup d'œil à ce qui se passe dans le système policier canadien, examinons les statistiques et voyons si ces faibles chiffres sont si surprenants.

Le service de police au Canada

1. Travail

Les activités des policiers canadiens visent à maintenir l'ordre et à faire respecter la loi, à assurer la sécurité publique et à faire face aux urgences. Ils protègent les citoyens, enquêtent sur les crimes et s'efforcent de les prévenir. Il n'est pas facile d'y adhérer, le processus de sélection est rigoureux et les exigences sont strictes.

Pour travailler pour la police au Canada, de nombreuses conditions doivent être remplies :

  • être citoyen ou résident canadien ;
  • ont une formation secondaire, mais il faut un diplôme en criminologie pour accéder à des postes élevés ;
  • être âgé de plus de 19 ans (18 ans dans certaines provinces) ;
  • maîtriser l'anglais ou/et le français ;
  • n'ont pas de casier judiciaire ;
  • répondre aux normes de la vue et de l'ouïe ;
  • répondre aux normes de la condition physique ;
  • avoir une bonne santé et une bonne santé mentale.

Le candidat doit passer un certain nombre de contrôles et de tests avant d'être recruté :

  • un examen écrit ;
  • un test d'aptitude physique ;
  • test psychologique ;
  • les examens médicaux ;
  • le test du polygraphe ;
  • enquête biographique.

Même si le candidat réussit tous les tests, une offre d'emploi n'est pas garantie, cela dépendra en grande partie de l'achèvement de la formation à l'Académie de police. La durée de la formation dépend du futur emploi : par exemple, la Gendarmerie royale passe 26 semaines en formation et celle de Vancouver 44 semaines.

Chaque province ajoute un certain nombre de ses propres exigences à la liste générale des exigences. Par exemple :

  • Le service de police de Vancouver exige un certificat de premiers soins, un certain permis de conduire et un bon dossier de conduite, ainsi qu'une formation dans 30 disciplines supplémentaires en plus de l'éducation de base. Le service de police de Vancouver accorde également la priorité aux candidats ayant un diplôme, le bilinguisme et l'expérience du bénévolat ;
  • Le service de police de Calgary exige des résidents qu'ils aient vécu au Canada pendant 3 ans, qu'ils soient titulaires d'un permis de conduire de classe 5 avec un nombre minimum de points de pénalité, qu'ils possèdent un certificat valide de premiers secours et de RCP.

Les exigences les plus sérieuses concernent la Gendarmerie royale du Canada (GRC) :

  • Les résidents doivent avoir vécu au Canada pendant au moins 10 ans ;
  • être titulaire d'un permis de conduire sans restriction ;
  • la possibilité de passer 26 semaines à l'académie de la GRC en Saskatchewan ;
  • être prêt à déménager n'importe où au Canada ;
  • ne pas avoir de tatouages qui dépeignent ou incitent à la haine, au harcèlement ou à la discrimination.

Les salaires varient également : à Calgary, le salaire annuel de départ est d'environ $66 000 CAD, à Toronto, il est d'environ $63 500 CAD et à la GRC, le gouvernement fédéral offre $53 000 CAD. C'est bien plus que le salaire moyen canadien, et il faut savoir que le salaire augmente régulièrement au cours des trois premières années, pour atteindre $80 000-90 000 CAD.

Mais une formation sérieuse, d'innombrables règlements et statuts sont sans intérêt si le public se méfie des agents appelés à le protéger. La perception de la police par les citoyens est un indicateur important de l'efficacité du système et peut contribuer à façonner les pratiques policières et les politiques publiques.

Policiers canadiens

2. Confiance

La confiance dans la police est évaluée principalement sur la base de trois indicateurs : fiabilité, légitimité et volonté de coopérer. En 2019, le Centre canadien de la statistique a réalisé une étude sur la perception de la police par le public dans les provinces. Des tendances intéressantes ont notamment été identifiées :

  • 41% des personnes interrogées ont déclaré avoir une grande confiance dans la police ;
  • les habitants des mégapoles font moins confiance à la police que ceux des zones rurales ;
  • seulement 30% de la population indigène a exprimé sa confiance ;
  • les personnes âgées étaient plus susceptibles de déclarer une plus grande confiance dans la police que les jeunes de 15 à 24 ans ;
  • Les Canadiens handicapés ont moins tendance à déclarer un haut niveau de confiance dans la police.

En 2019, neuf Canadiens sur dix vivant dans les provinces ont déclaré faire très ou assez confiance à la police (90 %). Plus de quatre personnes sur dix (41 %) ont déclaré faire très confiance à la police et près de la moitié (49 %) ont déclaré faire un peu confiance à la police. Moins d'une personne sur dix (7%) a déclaré ne pas avoir une grande confiance dans la police. Une petite minorité (2 %) de Canadiens ont déclaré ne pas faire du tout confiance à la police.

Le degré de confiance des Canadiens varie toutefois selon les provinces : À Terre-Neuve-et-Labrador (49 %), à l'Île-du-Prince-Édouard (59 %), au Nouveau-Brunswick (45 %) et en Saskatchewan (46 %), la proportion de résidents déclarant avoir une grande confiance dans la police était plus élevée que la moyenne canadienne ; par contre, au Manitoba, elle était inférieure à la moyenne nationale.

Il a été constaté que la confiance dans la police est élevée dans les grandes villes, mais lorsqu'il s'agit de l'indicateur "très confiance", la différence est significative : Trois-Rivières (56%), Moncton (53%), Regina (50%) contre Winnipeg (31%) et Toronto (37%).

Statistique Canada attribue la différence d'attitude en partie à la composition démographique des régions : l'Île-du-Prince-Édouard, par exemple, compte une plus grande proportion de personnes âgées que la moyenne canadienne, Winnipeg compte une énorme agglomération autochtone, tandis que Toronto compte près de la moitié de sa population issue de divers groupes ethniques minoritaires.

Les peuples autochtones

3. les noirs et les peuples indigènes

Selon l'enquête sociale générale (ESG) de 2020 sur l'identité sociale, un Noir (21 %) et un indigène (22 %) sur cinq n'a pas ou peu confiance dans la police.

Selon les données de l'ESG 2019 sur la sécurité des Canadiens, les Noirs et les Autochtones sont plus susceptibles de donner une mauvaise note à la performance de la police. Environ un Noir sur trois (30 %) et un Indigène sur trois (32 %) ont déclaré que les performances de la police étaient médiocres dans au moins un indicateur de son travail.

Par rapport à la population générale, les Noirs et les autochtones ont été particulièrement négatifs quant à la capacité de la police à traiter les gens équitablement, à être disponible pour le dialogue et à être facile à aborder.

La Charte canadienne des droits et libertés stipule que toutes les personnes au Canada sont égales devant la loi et qu'en vertu de celle-ci, tous doivent bénéficier d'une protection égale et des avantages de la loi sans discrimination. Cependant, les membres des minorités nationales continuent de signaler des violations de leurs droits et des expériences négatives avec la police. La discrimination au sein du système de justice pénale fait l'objet d'un débat national et international depuis plusieurs décennies.

La confiance en la justice parmi les Premières Nations est minée par les crimes de haine, les arrestations illégales et même les meurtres commis par des policiers.

Il y a presque huit ans, un habitant de Regina a été arrêté inutilement par la force. Simon Ash-Mokasin, la victime, a déclaré que les agents recherchaient un suspect de vol et, bien qu'il ne corresponde pas à la description, ils l'ont tout de même placé en garde à vue. Il était très effrayé :

"J'ai été arrêté sous de faux prétextes. Mon cœur battait fort, je ne comprenais pas ce qui se passait car cela ne m'était jamais arrivé auparavant."

Le service de police de Regina ne lui a présenté des excuses officielles que quatre ans après qu'il ait déposé une plainte pour atteinte aux droits de l'homme. Tout cela s'est passé en 2014, mais à ce jour, il dit ne pas avoir confiance dans les policiers.

Tiro Mtembu, de Heritage Helpers, affirme que les racines de cette attitude envers la police remontent très loin dans l'histoire :

"Les premiers services de police étaient des raids sur les esclaves en fuite. Les communautés indigènes savent que les premiers à voler et à emmener nos enfants en pension étaient les policiers. Cela fait partie de notre histoire coloniale."

Il souligne que le problème réside dans le système et que les communautés autochtones ont besoin de temps pour guérir, et non de violence.

Des enquêtes distinctes ont été menées sur les Canadiens noirs. La société canadienne de relations publiques Proof Strategies a créé pour la première fois un échantillon spécifique de Canadiens noirs dans le cadre de son indice annuel CanTrust, qui mesure non seulement la confiance de la communauté dans les institutions politiques et policières, mais aussi dans les marques commerciales. Plus de 1 000 autres Canadiens qui n'étaient pas noirs ont également été interrogés.

Il a été constaté que la confiance dans la police parmi les Noirs interrogés était inférieure à la moyenne nationale. Environ quatre Canadiens noirs sur dix ont déclaré faire confiance aux forces de l'ordre, contre environ cinq sur dix pour l'ensemble des Canadiens.

Une autre section du rapport indique que les Canadiens noirs interrogés ont déclaré avoir été victimes ou témoins de racisme. Ce chiffre était beaucoup plus élevé chez les personnes nées au Canada. En outre, plus de 85 % des personnes interrogées ont déclaré que les entreprises et les gouvernements avaient la responsabilité de lutter contre le racisme dans la société, mais seulement 41 % ont déclaré avoir constaté des changements positifs.

L'accident du 25 mai 2020 à Minneapolis, aux États-Unis, où le suspect noir George Floyd est mort lors d'une arrestation, a eu un impact énorme sur l'indice de confiance. Dans la foulée, une vague de manifestations antiracistes a eu lieu au Canada et l'indice de confiance de la police a chuté de 11 points.

En juin 2022, des données ont été publiées montrant que les membres des minorités raciales étaient 1,2 à 1,6 fois plus susceptibles de subir des violences lors de leurs interactions avec la police de Toronto en 2020, et que les résidents noirs non armés étaient plus souvent pris pour cible par les agents que les résidents blancs.

Après la publication d'une étude portant sur plus de 900 incidents violents impliquant la police de Toronto, le chef de la police de Toronto, James Ramer, a présenté des excuses publiques et a tenté d'assurer aux membres des minorités raciales et ethniques qu'il les soutenait :

"Je veux que nos communautés sachent que je suis à l'écoute."

Les forces de police du Canada ont beaucoup de travail à faire : le racisme systémique existe toujours, c'est pourquoi diverses mesures sont en cours d'élaboration, principalement pour lutter contre l'usage disproportionné de la force. L'une des composantes de la confiance dans la police est la retenue du pouvoir. Une nouvelle formation sur l'équité et l'inclusion est donc prévue pour les recrues, en testant le programme déjà en place et la procédure actuelle de recours à la force.

Il est rapporté que la formation sur les préjugés raciaux et la discrimination ainsi que sur la divulgation de l'usage de la force sera effectuée de manière continue.

Malgré l'ampleur des plans et des mesures que la police entend prendre pour accroître la crédibilité de son travail, les membres de la communauté noire du Canada continuent de réagir négativement. Sam Tackle, professeur associé de sociologie à l'Université métropolitaine de Toronto et membre d'Action contre la pauvreté, dit douter de la valeur des excuses de la police et les qualifie de relations publiques politiques.

Il estime que le gouvernement devrait exiger beaucoup plus en matière de responsabilité, car ce sont les habitants qui souffrent avant tout :

"Nous nous demandons : "Survivrai-je à cette interaction ?"

La discrimination raciale est un phénomène qui accompagne l'humanité depuis des siècles et qui a également imprégné les services publics. Et ce n'est que grâce à l'interaction compétente et constante du gouvernement, des employés et des résidents que l'égalité nécessaire à la société civile peut être atteinte.

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